Parmi les obligations qui incombent à l’industrie cosmétique, il y a celle de rédiger une liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Autrement dit, on peut savoir précisément ce qu’il y a dans chacun des cosmétiques que l’on consomme. Une arme de taille pour le consommateur qui veut éviter de se laisser berner. A condition qu’il s’y retrouve dans les règles un peu tordues de la liste INCI. Dans la catégorie bio, on a beau trouver des ingrédients de meilleure qualité qu’en cosmétique conventionnelle, la liste INCI des cosmétiques naturels n’est pas plus facile à décrypter pour autant !

Règle #1 : La liste INCI doit obligatoirement être affichée sur l’emballage du produit

Vous êtes donc sûrs de retrouver cette liste INCI. Sauf si votre produit était vendu dans un suremballage en carton (ou, misère, en plastique !) que vous avez jeté au moment de le déballer. Donc, si vous ne trouvez rien sur le dos de votre flacon, c’est probablement ce qui s’est passé. Demandez-vous donc pourquoi la marque a fait en sorte que sa liste d’ingrédients finisse à la poubelle aussi vite que possible …

Règle #2 : Les ingrédients doivent être présentés par ordre décroissant de % dans la formule

Notez tout d’abord qu’il n’est pas obligatoire de faire figurer le pourcentage de chaque ingrédient. Faut pas trop en demander ! A part ça, ça paraît plutôt logique : plus un ingrédient est présent en quantité importante dans la formule, plus il va apparaître tôt dans la liste. Logique, oui, sauf que …

Règle #3 : Les ingrédients présents à moins de 1% dans la formule ne doivent pas nécessairement être présentés dans l’ordre

Quand des types de la réglementation inventent des règles tordues comme celle-là, on se dit qu’ils ont dû rester bien copains avec leurs potes de promo qui ont fait carrière dans le lobbyisme. Donc, s’il y a 50% d’eau et 20% d’huile végétale dans la formule, l’eau doit apparaître avant l’huile végétale. Mais s’il y a 1% de BHT (perturbateur endocrinien suspecté) et 0,01% d’huile essentielle de palmarosa, le palmarosa peut apparaître avant le BHT dans la liste. Bien entendu, nulle part sur la liste n’est écrit « Vous êtes passés aux ingrédients dosés à moins de 1%, l’ordre est désormais purement arbitraire ». C’est à nous de deviner !

Règle #flemmards : Il existe des applications qui décryptent les listes INCI pour vous

C’est le cas d’INCI Beauty par exemple, qui vous permet de scanner votre produit et d’en obtenir la liste INCI détaillée. C’est un peu le Yuka de la cosmétique. L’appli vous donne une note générale du produit et également des détails sur chacun des ingrédients. Plutôt cool.

Ces applications ont néanmoins leurs limites et ne peuvent pas faire tout le travail du cerveau humain. Par exemple, les produits avec des huiles essentielles sont souvent assez mal notés parce que ces dernières contiennent de nombreux composés allergènes. Pourtant, si vous avez fait un test allergique pour l’huile essentielle en question, le produit ne posera aucun problème pour vous. Gardez toujours un esprit critique !

Les ingrédients d’une liste INCI

Je ne peux pas vous faire la liste des tous les ingrédients qu’on trouve dans les cosmétiques. Ce serait bien trop long, surtout que nos amis les industriels sont plein d’inventivité quand il s’agit de trouver de nouveaux trucs m*rdiques à mettre dans nos cosmétiques. « Quoi, les parabènes sont interdits ? Pas grave, j’ai trouvé une substance tout aussi controversée qui n’est pas encore passée sous le radar des réglementaires. Et encore moins cher, en plus !! » 😈

Je vais essayer de vous faire une liste la plus exhaustive possible des ingrédients à connaître.  Ceux qu’on va rechercher et ceux qu’on va éviter à tout prix.

L’eau et les hydrolats : l’origine naturelle

C’est la base de la plupart de nos produits, souvent en premier dans la liste INCI. Si l’eau (aqua) est bien entendu un ingrédient tout à fait acceptable, c’est quand même un peu scandaleux de payer de crème hors de prix composée principalement d’eau.

Autre aberration, l’eau est d’origine naturelle. Une formule composée à 98% d’eau pourra donc afficher « avec 98% d’ingrédients d’origine naturelle » en toute impunité. Peu importe ce qu’il y a dans les 2% restants.

A la place de l’eau, on peut également trouver de l’hydrolat (ou eau florale), dans les cosmétiques naturels notamment. C’est l’eau issue de la distillation des plantes (qui permet d’obtenir les huiles essentielles). Elle contient les mêmes molécules aromatiques que l’huile essentielle en question mais à des doses beaucoup plus faibles. Très intéressante dans le domaine cosmétique, donc, où on utilise les huiles essentielles à des dosages très faibles.

Quelques exemples d’hydrolats et eaux florales :

  • bleuet (centaurea cyanus flower water)
  • menthe poivrée (mentha piperita leaf water)
  • fleur d’oranger (citrus aurantium flower water)

L’eau florale démaquillante de Klorane ne contient l’hydrolat de bleuet qu’en troisième position. Ce dernier est précédé d’eau (optimisation des coûts oblige) et de butylène glycol, un dérivé de pétrole à l’effet humectant.

L’hydrolat de bleuet de Bioflore contient … uniquement de l’hydrolat de bleuet #1ingredientdanslaliste

Les huiles de la liste INCI : végétales, estérifiées ou minérales ?

Les huiles végétales

Nombreuses et variées, elles apportent à notre peau les acides gras nécessaires pour renforcer sa structure et rester hydratée.

On peut aussi bien les avoir pures dans son placards (pour la cuisine, l’aromathérapie, ou les soins DIY) que les trouver dans ses cosmétiques. Mon petit conseil : si l’appellation marketing d’un produit vous indique « huile végétale de … », vérifier bien au dos qu’elle fait partie de la liste INCI et en quantité suffisante (au début de la liste).

Quelques exemples d’huiles végétales :

  • tournesol (helianthus annuus seed oil)
  • amande douce (prunus amygdalus dulcis oil)
  • argan (argania spinosa kernel oil)
  • lin (linum usitatissimum seed oil)

Les huiles minérales

On trouve fréquemment des huiles végétales dans la liste INCI des cosmétiques naturels. Pour remplacer ces ingrédients qui coûtent « cher », les marques conventionnelles utilisent souvent des huiles minérales. Ces dernières sont issues de la distillation de la houille ou du pétrole. C’est grosso modo la même chose que les huiles qu’on utilise comme lubrifiants mécaniques ou huiles de moteur. Leur intérêt cosmétique est très limité puisqu’elles ne contiennent pas ces acides gras intéressants que l’on trouve dans les huiles végétales. Elles servent simplement à remplir le flacon et à donner une certaine texture au produit. Ces dérivés de la pétrochimie n’ont pas spécialement d’impact négatif sur notre corps, par contre ils ont un bilan écologique désastreux, tant dans leur processus de fabrication que lorsqu’ils sont éliminés dans nos circuits d’eau lors de la douche.

Quelques exemples :

  • huile de paraffine (paraffinum liquidum)
  • vaseline ou gelée de pétrole (petrolatum)
  • huile minérale (mineral oil)

Les huiles estérifiées

Les huiles estérifiées sont un moindre mal. Ce sont des huiles végétales qui ont subi un processus d’estérification. Pas de pétrole dans l’affaire, donc.

Sans rentrer dans les détails techniques, le traitement de ces huiles leur font perdre une grande partie de leurs propriétés et les rendent beaucoup moins intéressantes pour la peau. Ça leur permet néanmoins d’obtenir les textures recherchées par l’industrie cosmétique (toucher doux, huile sèche).

Les huiles estérifiées sont d’origine naturelle et autorisées en bio. Si on utilise une huile végétale peu chère, comme l’huile de palme par exemple, elles restent très bon marché. C’est une bonne affaire pour le fabricant qui veut faire du « naturel » pas cher.

Quelques exemples :

  • coco-caprylate/caprate
  • ispropyl palmitate
  • oleyl erucate

Le Monoï de Tahiti d’Yves Rocher, sous couvert de « sans huile minérale », propose un produit à base d’huiles estérifiées où l’huile de coco n’arrive qu’en 6ème position et l’extrait de fleur de Tiaré en avant-avant dernière.

L’huile Monoï de Soteix qui contient uniquement de l’huile de coco et de l’extrait de fleur de Tiaré. Cohérent, en somme, puisque le Monoï est un macérat huileux de fleur de Tiaré dans de l’huile de coco.

Les silicones : l’arme fatale des cosmétiques conventionnels

Les silicones sont, pour faire simple, des plastiques. Ils peuvent prendre différentes formes et sont du coup très intéressants. On peut en faire des moules à gâteaux, des cups menstruelles, des implants mammaires, … Bref, vous voyez probablement ce que sont les silicones dans votre vie quotidienne.

On peut également les trouver sous forme liquide dans les produits cosmétiques pour donner de la texture. Il y en a très souvent dans les shampoings. Vous savez, quand vous vous lavez les cheveux avec un truc sans silicone et que vous passez la main dessus ? Il font crac-crac-crac au toucher, arrrrrgggg 😖 comme c’est désagréable.

Les silicones créent un film sur vos cheveux qui les rend lisses, doux, brillants et faciles à démêler. Mais où est l’arnaque ? J’ai longtemps pensé qu’ils étaient une « drogue » pour les cheveux, les laissant abîmés après avoir été éliminés. Je ne trouve pas d’argument scientifique convaincant sur ce point, je vais donc m’abstenir.

Le problème donc ? Toujours pareil, une nullité écologique. S’ils acceptent de partir de nos cheveux, c’est pour se déverser dans nos réseaux d’eau et dans la nature, où ils mettront des centaines d’années avant de se dégrader. Quand on sait que le henné (plante en poudre) ou l’argile (terre) peuvent vous apporter un soin excellent et retourner à l’envoyeur chez Dame Nature sans lui faire de mal … C’est quand même dommage.

Quelques exemples :

  • dimethicone
  • cyclohexasiloxane
  • silicone

Soyez rassurés, les silicones et autres dérivés de pétrochimie sont interdits en cosmétique bio. Néanmoins, attention aux appellations trompeuse. Aucune réglementation ne régule l’usage du terme « cosmétique naturelle » ! Fiez-vous toujours à la liste INCI.

A lire aussi : Routine cheveux au naturel

Les émulsifiants & tensioactifs : origine naturelle vs synthétique

L’émulsion

La base d’une crème, c’est de mélanger de l’huile et de l’eau. Sauf que vous le savez bien, ces deux substances sont non miscibles. Il faut donc leur ajouter un liant pour obtenir une texture homogène : les « émulsionner ». Sinon, on se retrouve avec un produit biphasé, comme certains démaquillants par exemple.

Les émulsifiants font office de liant dans les mélanges huile-eau. Les tensioactifs peuvent être utilisés comme émulsifiants, mais également comme agents moussants. Il existe de nombreux émulsifiants et tensioactifs, de diverses formes et diverses origines (de synthèse ou végétale). Pas facile donc de résumer leur impact, mais on y retrouve beaucoup d’ingrédients irritants et polluants. On nommera par exemples les alcools gras issues de la pétrochimie et les polymères (matières plastiques).

Quelques exemples :

  • sodium laureth sulfate (SLES)
  • polyéthylène glycol (PEG)
  • polypropylène glycol (PPG)

Émulsifiants d’origine végétale

Il existe des émulsifiants et tensioactifs d’origine végétale, dérivés d’huile de coco, de palme ou encore de sucre. Par exemple, on les utilise en cosmétique DIY pour obtenir de crèmes ou des shampoings solides.

Quelques exemples :

  • SCI (sodium cocoyl isethionate)
  • sodium coco-sulfate
  • cetearyl alcohol
  • polysorbate

On pourrait débattre sur l’impact écologique de la fabrication de ces produits « d’origine naturelle » (cf huiles estérifiées). Leur procédé d’obtention et leur biodégradabilités sont très variables … Mais pour moi, le sujet n’est pas là.

La question est plutôt : a-t-on vraiment besoin d’émulsionner nos produits ? Ça vous choque tant de voir le vinaigre stagner au-dessus de l’huile d’olive dans votre vinaigrette ? Ça vous dérange vraiment de secouer un petit coup la bouteille avant de verser sur votre salade ?

On peut faire exactement la même chose en cosmétique. Accepter que la texture « crème onctueuse » n’est pas un must-have. Ce qui importe avant tout c’est l’intérêt dermatologique de votre produit. Si on doit faire un démaquillant biphasé hydrolat / huile végétale, très bien. Ensuite, il ne vous restera plus qu’à 🎵 SHAKE IT, SHAKE, SHAKE IT 🎵

Le démaquillant yeux waterproof Respectissime de La Roche-Posay contient du poloxamer 184, un tensioactif microplastique ayant un rôle émulsifiant. Tout ça pour obtenir une formule biphasée !

La recette de démaquillant biphasée de Peau Neuve. De l’eau, de l’huile, et on secoue ! Pourquoi faire plus compliqué ?

Le parfum : le faux pas de la cosmétique naturelle

Le parfum, c’est le fashion faux-pas dans la liste INCI des cosmétiques naturels. C’est un peu comme quand tu te fais une semaine détox à base de jus et de yoga et que d’un coup BAM tu pète un câble en passant devant le McDo et que tu t’enfiles un menu Maxi supplément friture de poussins broyés vivants (aka Menu Golden).

Il y a tant de produits avec des compos superbes qui craquent pour un peu de parfum. Parce que quand même, les odeurs, ça fait tout. Si on peut rendre les consommateurs accros et leur faire racheter toujours plus de nos produits, pourquoi s’en passer ? Eh bien, parce que les parfums sont souvent d’origine synthétiques, irritants et allergisants. Et tout simplement : inutiles.

Appellations dans la liste INCI :

  • parfum
  • fragrance

A lire aussi : 6 façons de (bien) utiliser les huiles essentielles

Les colorants devraient être réservés au maquillage 

Les colorants dans les crèmes et les huiles, c’est pareil. Il faut arrêter de nous prendre pour des cons. Qu’est-ce que ça peut faire que notre sérum miraculeux de jeunesse soit jaune moyen, jaune pâle ou transparent ? Pourtant, on retrouve des colorants dans de nombreux produits.

Leur code INCI est « CI + numéro à 5 chiffre » si bien qu’à moins de connaître par cœur toute la liste des colorants réglementés, vous n’allez pas vous y retrouver. Technique de flemmard ? Les éviter, tout simplement.

Le seul endroit où les colorants ont leur place, c’est dans le maquillage. Je vous l’accorde, un rouge à lèvre sans rouge, ça pose problème. Il y a plein d’ingrédients naturels et peu chers qui vous permettent de colorer des préparations. Vous en avez sûrement dans la cuisine et pouvez les découvrir sous un nouvel angle : le rouge de la betterave, le marron du cacao, le noir du charbon …

Quelques exemples de colorants :

  • rouge carmin (CI 75470), d’origine animale
  • blanc mica (CI 77019 )
  • noir tétraoxyde de fer (CI 77499)
  • poudre de betterave (beta vulgaris root powder)

Le colorant rouge E122 d’origine synthétique est souvent utilisé dans les cosmétiques. Il est vendu par Vahiné pour un usage alimentaire.

Le jus de betterave d’Aroma-Zone qui permet de colorer aussi bien vos préparations cosmétiques que culinaires.

Des conservateurs controversés

Contrairement à nos deux amis précédents, les conservateurs ont une utilité claire et affirmée. Ils permettent au produit de se conserver plus longtemps. Ils ont donc une vraie utilité écologique puisqu’ils nous aident à ne pas jeter. En effet, les produits contenant de l’eau ont notamment un risque contamination par des bactéries. Ils doivent donc contenir des conservateurs si on veut les garder plus de quelques semaines.

Malheureusement, c’est la foire à la saucisse dans cette catégorie. A nouveau, ce serait trop long de faire la liste de tous les conservateurs qui existent et toutes les controverses qui y sont liées. A titre d’exemple, on y trouve les parabènes (cancérigènes suspectés), le BHT (perturbateur endocrinien et cancérigène suspecté) ou les quats (allergènes suspectés). Comme toujours, s’ils ne sont pas nocifs pour la santé, ils le seront sûrement pour l’environnement.

Comment faire pour ne pas laisser nos préparations moisir ? On peut commencer par quelques règles de base et de bon sens :

  1. mettre au réfrigérateur toutes les préparations qui contiennent de l’eau afin de ralentir le développement de micro-organismes
  2. préparer ses cosmétiques en petites quantités pour ne pas avoir à conserver son produit longtemps
  3. ajouter l’eau au dernier moment dans sa préparation. Par exemple, utilisez de l’argile en poudre pour vous brosser les dents et n’ajoutez l’eau que sur la brosse à dent. Ou alors, faites votre mélange huile/eau directement sur votre coton démaquillant.

Si tout cela ne vous suffit pas, il existe également des ingrédients naturels qui peuvent faire office de conservateurs dans des préparations maison.

Quelques exemples :

  • extrait de pépin de pamplemousse (EPP)
  • vitamine E (tocopherol)
  • huile essentielle de romarain (rosmarinus officinalis leaf oil)

Le lait corporel nourrissant à l’huile d’argan de The Body Shop contient du phenoxyethanol et de l’EDTA (conservateurs controversés), ainsi que des microplastiques et du silicone. Et bien sûr des colorants et du parfum. Malgré tous ces additifs, il faut bien qu’on ait l’impression que c’est du naturel !

Le lait végétal neutre d’Aroma-Zone contient des conservateurs exclusivement d’origine végétale, dont la vitamine E.

Vous êtes maintenant prêts à décrypter une liste INCI ?

J’espère que cet article vous a éclairé et que vous allez pouvoir mieux vous y retrouver dans vos achats. Je n’ai volontairement pas fait le tour de toutes les controverses sur les substances présentes dans l’industrie cosmétique. On ne s’y retrouverait pas.

La clé, c’est d’utiliser son bon sens pour choisir ses produits et de toujours garder un esprit critique. Plus vous vous tournerez vers des produits aux compositions simples, moins vous prendrez de risques.

#1ingredientdanslaliste

Leave a Reply